Les Pauvres

Une journée d’Yvon Denissofils
Yvon Denissofils est SDF à Paris. Comme les autres jours, il a commencé sa journée ce mercredi-là en s’extrayant de son duvet Il a roulé les deux couettes qui lui ont permis d’avoir bien chaud et les a soigneusement cachées derrière la porte d’un garage qui lui sert de chambre à coucher. Il a plié les cartons de son matelas et les a rangés dans l’encoignure pour être certain de les retrouver ce soir. Puis il est aller dans la supérette du boulevard Raspail, juste à côté de la pharmacie pour y déguster un café bien chaud qui lui a coûté soixante centimes. C’est deux fois moins cher ou presque qu’au distributeur de la gare pour un café qui de plus est bien meilleur. Un peu d’eau fraîche sur le visage aux toilettes de la salle des pas perdus, et en route vers les trois ou quatre boulangeries du secteur pour une quête de pain ou de viennoiseries de la veille. Les vendeuses sont gentilles et lui en réservent assez souvent. Il va prendre son journal (gratuit) sur l’esplanade, le parcourt rapidement pour arriver invariablement à la même conclusion tout les jours : « il n’y a rien là-dedans, rien que de la pub ». Juste le temps de passer par l’Armée du Salut pour trouver de meilleures chaussures et voici déjà que l’estomac sonne midi. Le mieux est de manger sur place à moins que d’aller aux restos du coeur, c’est du pareil au même. Pas terrible. Après manger, et vu le temps, le mieux pour Yvon Denissofils est d’aller voir à la mairie de Paris pour y quémander une place de cinéma. Ils en donnent presque toujours si on ne vient pas trop tard. Au moins, là on a chaud et on peut attendre tranquillement l’heure de la Soupe du Roi. Yvon est sur place dès 18 heures et rencontre Pascal et Alain qui sont de vieux habitués. Tout trois guettent la voiture blanche de Paul dans laquelle la marmite bien chaude fume et sent bon. Les jeunes gens, des « royalistes », sont déjà arrivés avec Frederic et vite, ils dressent les tréteaux et la table, mettent la nappe et coupent le pain. On va se régaler et en plus, à la Soupe du Roi, il y a toujours du rab, des oeufs durs et du fromage qu’on peut emporter pour demain matin. Il est bientôt 21 heures, Yvon quitte l’esplanade et va traîner du côté du Franprix qui ferme pour trouver quelques cartons neufs qui lui serviront de matelas en remplacement de ceux qu’il a cachés mais qui commencent à s’écraser. Or un carton écrasé ne vaut plus rien, il n’isole plus du froid du sol. Il récupère ses couettes bien cachées et se glisse derrière la porte du garage, s’enroule dans son duvet et ses couettes. Bonne nuit.


Paul Turbier (qui a lu naguère Soljenitsyne)

 

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